– Sergei Bulkin / Zuma Press / ContactoPhoto
BRUXELLES, 12 décembre (EUROPA PRESS) –
Les pays de l'Union européenne ont confirmé vendredi l'accord pour l'immobilisation indéfinie des 210 milliards d'euros d'avoirs russes gelés sur le sol de l'Union européenne, une étape préliminaire pour renforcer les garde-fous avant de recourir à la liquidité de ces avoirs pour financer le « prêt de réparation » à l'Ukraine que les dirigeants européens espèrent parvenir à un consensus lors du sommet de la semaine prochaine.
L'accord a reçu le soutien d'une « écrasante majorité » des partenaires lors d'une réunion des ambassadeurs jeudi, comme l'ont indiqué des sources européennes à Europa Press, et ce vendredi après 17h00. elle a été confirmée à la fin de la procédure écrite avec un soutien suffisant pour être formellement adoptée. La mesure a été adoptée avec 25 voix pour et deux contre, ajoutent les sources.
Parmi les voix favorables figurait également celle de la Belgique, qui maintient son refus que ces actifs soient utilisés pour financer le prêt de réparations, mais dans une déclaration signée avec Malte, la Bulgarie et l'Italie, elle donne son feu vert à cette première mesure.
La décision de ce vendredi « ne préjuge en aucun cas la décision sur l'éventuelle utilisation des moyens russes immobilisés qui doit être adoptée au niveau des dirigeants », précise le texte auquel Europa Press a eu accès.
La décision est officialisée le jour même où la Banque de Russie poursuit l'organisme dépositaire belge Euroclear – qui abrite près de 185 milliards du total des actifs gelés par l'UE – pour les pertes causées par l'utilisation « directe ou indirecte » de fonds souverains sans son consentement. Le commissaire économique Valdis Dombrovskis a pour sa part réagi au procès en affirmant que toutes les entités présentes sur le sol européen sont « entièrement protégées » légalement.
Concrètement, les capitales autorisent ainsi le recours à l'article 122 des traités de l'UE pour interdire tout transfert d'actifs bloqués dans des entités européennes vers la Russie pendant que la guerre continue, sur la base de cette clause exceptionnelle activable à la majorité qualifiée.
La possibilité d'opter pour ce mécanisme – qui ne nécessite pas l'unanimité – permet aux Européens d'éviter la menace continue de veto que présente la Hongrie chaque fois qu'une décision majeure doit être prise concernant l'Ukraine, y compris la prolongation tous les six mois du paquet de sanctions par lequel les 210 milliards d'euros d'actifs de la Banque centrale russe hébergés dans des entités de dépôt européennes restent gelés.
En effet, après la décision des ambassadeurs, le gouvernement de Viktor Orbán a déjà publié une déclaration sévère pour indiquer clairement qu'il est totalement opposé à la décision « sans précédent » qui implique d'étendre les sanctions contre la Russie « sur une base juridique incorrecte » afin de « se soustraire » à l'obligation d'unanimité qui correspond à ce type de prise de décision.
Budapest dénonce également qu'une décision soit prise à vocation « indéfinie » et peu susceptible d'être annulée – elle nécessiterait une majorité qualifiée des 27 et seulement après la fin de la guerre – selon un mécanisme que les traités établissent comme « temporaire ».
En tout cas, cet accord constitue un pas de plus vers la décision des dirigeants de soutenir la proposition de la Commission européenne de puiser dans les liquidités des actifs en question – pour la plupart dans Euroclear, basé en Belgique – pour financer un prêt de réparation de 90 milliards d'euros pour les besoins de financement de l'Ukraine pour les deux prochaines années, aide que Kiev ne devra rembourser que si Moscou cesse la guerre et indemnise le pays financièrement à la hauteur des dommages causés.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé, en présentant la proposition législative pour procéder au prêt de réparation, que cette initiative pouvait être réalisée avec une « majorité qualifiée » de pays, c'est-à-dire malgré le rejet de la Belgique ; mais les 27 travaillent intensément au niveau technique et politique pour tenter de donner les garanties nécessaires pour que la position belge change.
Le président du Conseil européen, António Costa, a déclaré cette semaine qu'il considérait l'accord « très proche » et espérait que les chefs d'État et de gouvernement de l'UE le confirmeraient lors de leur sommet de la semaine prochaine, prévu le 18 décembre.
Lundi déjà, les dirigeants de sept pays de l'Union européenne, dont l'Irlande, la Pologne et la Lituanie, ont défendu dans une lettre adressée à Costa et Von der Leyen le recours aux avoirs russes gelés car ils estiment que c'est la solution « la plus viable » financièrement et « la plus réaliste » politiquement.
Ce geste a été rendu public après que le Premier ministre belge Bart de Wever a insisté sur son rejet de cette initiative lors d'un dîner à Bruxelles avec le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen le vendredi précédent.