BRUXELLES, 11 novembre (EUROPA PRESS) –
La Commission européenne a inclus l'Espagne parmi les quatre pays du bloc qui, en raison de la plus grande pression migratoire, peuvent faire appel à la solidarité de leurs partenaires et activer le mécanisme prévu dans le nouveau Pacte de migration et d'asile pour qu'une partie des migrants arrivant irrégulièrement sur leur territoire soit relocalisée vers d'autres États membres.
C'est ce qu'indique le premier rapport annuel sur la situation migratoire dans l'Union européenne, un document qui ne rend pas publics les quotas de relocalisation auxquels les pays en question pourraient accéder une fois le Pacte sur les migrations pleinement mis en œuvre ; une réforme dont l'entrée en vigueur est prévue pour juin 2026 – même si des pays comme la Hongrie ou la Pologne n'ont pas encore présenté leurs plans nationaux, étape préalable nécessaire -.
Concrètement, Bruxelles identifie l'Espagne et l'Italie comme des pays soumis à une forte pression migratoire en raison du nombre « disproportionné » d'arrivées irrégulières dues aux opérations de recherche et de sauvetage en haute mer au cours de l'année écoulée. Il voit également la Grèce et Chypre sous pression en raison d'un « niveau d'arrivées disproportionné » au cours de la même période.
Cette classification n'implique pas une activation automatique de la part des quatre États membres, mais les rend plutôt « éligibles » pour bénéficier de la « réserve de solidarité » prévue dans la réforme de l'immigration, dont le commissaire à l'intérieur et à la migration, Markus Brunner, a déclaré lors d'une conférence de presse que « ce n'est pas parfait », mais que « c'est mieux que rien ».
La proposition bruxelloise de répartition de la charge de l'accueil des demandeurs d'asile aurait dû être présentée en octobre dernier, mais le commissaire a choisi de la reporter sans date en raison des réserves exprimées par plusieurs Etats membres à accepter de faire partie des partenaires de solidarité, dont la Belgique, la Finlande et les Pays-Bas.
Le mécanisme en question, qui ne sera applicable qu'après l'entrée en vigueur du Pacte sur les migrations, permet d'appliquer cette solidarité de manière « flexible » à l'objectif de transférer au moins 30 000 migrants chaque année, afin que les pays puissent refuser de recevoir une partie des candidats à la relocalisation en échange d'une indemnisation de 20 000 euros pour chaque transfert refusé ou de moyens ou fonds de valeur équivalente.
Ainsi, le rapport de l'Exécutif communautaire offre la base juridique pour recourir au mécanisme de relocalisation une fois qu'il sera formellement en place, même si les quotas de relocalisation dépendront d'une décision adoptée par le Conseil (gouvernements).
Premièrement, les gouvernements devront présenter leurs « engagements de contribution » conformément aux critères de répartition équitable établis par le Pacte et pourront choisir la forme que prendra leur solidarité, c'est-à-dire accueillir des personnes relocalisées ou prendre en charge les expulsions décidées, apporter un soutien financier ou proposer d'autres mesures alternatives ; combinez-en même plusieurs.
RISQUE DE PRESSION POUR UNE AUTRE DOUZAINE DE PAYS
La Commission identifie également une douzaine de pays « risquant » de subir ultérieurement une pression migratoire en raison du nombre d'arrivées ou de tensions sur leur système : Belgique, Bulgarie, Allemagne, Estonie, Irlande, France, Croatie, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne et Finlande. Ces pays auront un accès prioritaire aux instruments d’aide fournis par l’UE.
De leur côté, la Bulgarie, la République tchèque, l'Estonie, la Croatie, l'Autriche et la Pologne pourraient demander au Conseil de réduire partiellement ou totalement leurs obligations en matière de mécanisme de relocalisation l'année prochaine, en fonction de la pression accumulée.
Dans la présentation du rapport, Brunner a insisté sur la valeur du pacte pour « reconstruire » la confiance perdue entre les États membres en matière d'immigration après que « certains ont estimé que d'autres ont ignoré les règles », tout en soulignant que tant le mécanisme de solidarité que le reste des éléments de la réforme cherchent à « regagner la confiance et reprendre le contrôle ».
Devant la presse, le commissaire a voulu préciser que la réserve des délocalisations n'est qu'une partie de la réponse à la pression migratoire sur les pays de l'Union européenne, à propos de laquelle il a dit qu'il y avait trois courants clés.
En ce sens, Brunner a énuméré le nombre élevé de traversées illégales depuis les routes de la Méditerranée, les plus de 4 millions d'Ukrainiens bénéficiant d'une protection temporaire hébergés sur le sol communautaire depuis le début de la guerre, et les différentes formes d'« instrumentalisation » de la migration par lesquelles des pays tiers comme la Russie ou la Biélorussie cherchent à déstabiliser l'UE.
La Commission européenne reconnaît cependant que les données de l'année dernière (entre juillet 2024 et juin 2025) pointent vers une « amélioration » de la situation dans l'ensemble de l'Union, avec une baisse de 35 % du nombre d'arrivées illégales.
Il a également évoqué la nécessité pour l'Italie d'appliquer à nouveau sans réserve les règles de Dublin qui obligent chaque État membre à prendre en charge les demandes d'asile de tous les migrants qui arrivent dans l'UE via son territoire et a averti que cela dépendra de sa possibilité de bénéficier du mécanisme, comme l'ont affirmé des pays comme les Pays-Bas et la Belgique, qui critiquent les mouvements secondaires par lesquels les migrants entrés par l'Italie demandent l'asile dans d'autres pays plus au nord.
« C'est un équilibre entre solidarité et responsabilité, donc cela doit aller de pair, cela doit se produire en parallèle », a répondu le commissaire, à la question de savoir si le rétablissement des règles de Dublin en Italie est une condition pour qu'il puisse demander au reste des partenaires de relocaliser les migrants sur leur territoire.
En effet, comme le précisent des sources communautaires, si Bruxelles détecte des « déficiences systémiques » dans un État membre éligible à l'aide à la relocalisation parce qu'il ne respecte pas les règles de responsabilité à l'égard des migrants entrants, les autres pays qui se sont engagés à accueillir une partie de leurs relocalisations seront exemptés de cette obligation.