– ALEXANDROS MICHAILIDIS / CONSEIL EUROPÉEN
BRUXELLES, 8 décembre (EUROPA PRESS) –
Ce lundi, les Vingt-Sept sont parvenus à un accord qui assouplit les règles sur les pays tiers sûrs et les conditions de retour pour accélérer les expulsions des demandeurs d'asile se voyant refuser l'accueil, par exemple en n'étant plus obligatoire sur la « connexion » entre le migrant et le pays vers lequel il est renvoyé ou en validant des accords bilatéraux pour externaliser l'accueil, comme l'Italie a tenté avec l'Albanie.
Le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a clairement indiqué dès son arrivée à la réunion des ministres de l'UE à Bruxelles que l'Espagne s'opposait à ces changements, non seulement parce qu'elle remettait en question leur efficacité, mais aussi en raison de doutes quant à leur compatibilité avec le droit communautaire et international des droits de l'homme.
Concrètement, les ministres se sont mis d'accord sur quelles seront leurs lignes rouges dans les négociations avec le Parlement européen sur la forme finale de la directive retour et avec lesquelles ils soutiendront les gouvernements européens à pouvoir négocier bilatéralement des accords avec des pays tiers pour y établir des centres d'accueil, afin qu'ils puissent y transférer les migrants qui se sont vu refuser le droit d'asile mais dont l'expulsion vers un pays sûr est toujours en cours.
La réforme qui renforcera le cadre de migration et d'asile mis en place par l'Union européenne prévoit également des sanctions plus sévères contre les migrants qui n'ont pas le droit de rester dans l'UE mais qui refusent d'être expulsés, par exemple avec des périodes de rétention plus longues et l'interdiction de retourner dans l'UE après une décision d'expulsion sera également prolongée.
La position du Conseil prévoit en effet des mesures contre ceux qui ne coopèrent pas, comme le refus ou la réduction des subventions, le retrait des permis de travail et même des peines de prison dans les cas les plus extrêmes. Concernant l'interdiction d'entrée, les pays sont favorables à ce que l'interdiction d'entrée soit indéfinie dans le cas de personnes représentant un risque pour la sécurité.
En outre, afin d'accélérer ces expulsions, les 27 sont également parvenus à un accord de principe sur la notion de « pays tiers sûr » vers lequel les États membres peuvent expulser les migrants qui se trouvent irrégulièrement sur leur territoire sans qu'il soit nécessaire qu'il y ait un lien entre le migrant et le lieu vers lequel il est transféré.
À ce sujet, Grande-Marlaska a averti dès son arrivée à la réunion que « cela rompt avec l'intégrité du Pacte sur les Migrations avant qu'il ne commence » et a souligné des doutes juridiques quant au fait que cette redéfinition du concept de pays tiers sûr respecte les droits et obligations de ceux qui recherchent une protection internationale. Au cours du débat public entre ministres, d'autres délégations comme celle du Portugal et de la France ont exprimé des réserves en raison de l'impact politique, social et constitutionnel, mais cela n'a pas empêché une position qui a le soutien d'une « large majorité », comme l'a confirmé le ministre danois qui assure ce semestre la présidence tournante du Conseil.
Avec cet accord, les Vingt-Sept ont également apporté leur soutien à la première liste de pays que Bruxelles propose de considérer comme pays tiers sûrs dans toute l'UE – ce qui n'empêche pas les États membres d'aller plus loin – et qui comprend le Maroc, la Colombie, le Bangladesh, l'Égypte, l'Inde, la Tunisie et le Kosovo, en plus, avec d'éventuelles exceptions, tous les pays candidats à l'adhésion au club communautaire.
RÉPARTITION DES DÉMÉNAGEMENT D'ESPAGNE ET D'AUTRES PAYS
Enfin, une autre clé de la réforme de l’immigration qui reste à achever au sein de l’Union européenne est le mécanisme de solidarité par lequel des quotas de relocalisation des migrants seront établis entre les États membres de ceux qui subissent la plus forte pression migratoire.
Cet instrument ne démarrera que lorsque le Pacte sur les migrations sera pleinement en vigueur – en principe en juin prochain – et que Bruxelles aura identifié pour la première fois que les pays qui pourront demander la solidarité de leurs partenaires sont l'Espagne, l'Italie, la Grèce et Chypre ; car ces quatre pays subissent une plus grande pression migratoire.
L'Exécutif communautaire peut proposer la relocalisation de jusqu'à 30 000 migrants chaque année, avec la possibilité pour les pays les plus réticents à accueillir certains de ces personnes de proposer des mesures compensatoires alternatives jusqu'à un maximum de 600 000 millions d'euros.
Cependant, la répartition convenue par les gouvernements – l'Espagne s'abstenant – réduit ce quota à un total de 21 000 relocalisations ou des mesures compensatoires pouvant atteindre 420 000 millions d'euros. Ce quota s'appliquerait en 2026, mais ne couvrirait que le second semestre puisque le Pacte ne sera pas pleinement en vigueur avant cette date.
Bien que les chiffres mondiaux aient été publiés, le nombre de pays ayant accepté d’héberger des personnes relocalisées et le nombre de pays ayant proposé de verser des indemnisations ou des mesures alternatives restent confidentiels et ne seront pas connus avant leur adoption formelle et leur publication, probablement avant la fin de 2025.
Quoi qu'il en soit, le ministre espagnol a manifesté son mécontentement à l'égard de l'accord, sans révéler combien de migrants seront relocalisés depuis l'Espagne – s'ils le sont – ni où, et il s'est limité à regretter dans ses déclarations à son arrivée à la réunion que « le contingent de solidarité ne puisse pas devenir un marchandage de chiffres ».