La France exige que l'UE punisse Shein pendant que Bruxelles étudie les mesures mais n'envisage pas son veto

BRUXELLES, 6 novembre (EUROPA PRESS) –

La Commission européenne a déclaré jeudi qu'elle prenait « très au sérieux » et partageait avec la France l'inquiétude concernant la vente de poupées sexuelles enfantines via la plateforme chinoise « Shein », bien qu'elle ait prévenu qu'elle étudierait des mesures si l'entreprise n'agissait pas pour retirer les produits mais n'envisageait pas d'interdire son veto dans l'Union européenne.

Tout d'abord, l'exécutif communautaire souhaite connaître les détails de l'infraction et le cadre de réponse français pour déterminer s'il s'agit d'une violation des règles par « un, deux, trois, quatre ou cinq » vendeurs qui utilisent la plateforme ou s'il existe un « risque systémique » contre lequel la Commission « n'hésitera pas à agir ».

La législation communautaire établit que Bruxelles doit agir contre une plateforme qui viole les règles de protection des consommateurs et des services numériques s'il ne s'agit pas d'une violation des vendeurs individuels, a déclaré le porte-parole de Technologie, Thomas Regnier, qui a averti que « cette action ne signifierait pas nécessairement une interdiction ou une suspension de la plateforme ».

Un veto, a-t-il ajouté, est quelque chose que la Commission « ne voudrait pas prendre », car il s'agit d'une mesure « de dernier recours » et il existe des procédures qui marquent « les prochaines étapes logiques » et conduiraient, en premier lieu, à l'ouverture éventuelle d'une enquête approfondie, car « les entreprises ont le droit de se défendre ». Toutefois, a-t-il ajouté, les autorités nationales peuvent prendre des « mesures d'urgence », comme l'a fait la France.

CONTACTS ENTRE BRUXELLES ET PARIS

Le gouvernement français a informé Bruxelles de la situation, après avoir annoncé mercredi le début d'une procédure de suspension de l'activité de la plateforme, et a appelé les services communautaires à prendre également des mesures sévères pour sanctionner la plateforme de vente en ligne.

L'Exécutif communautaire accuse réception de la lettre et souligne que dans les prochaines heures, des contacts auront lieu au niveau technique et politique entre Paris et Bruxelles pour discuter en détail des mesures annoncées par le gouvernement français, y compris la base juridique du blocage de la plateforme, et analyser les prochaines étapes.

Lors d'une conférence de presse depuis Bruxelles, le porte-parole communautaire pour les affaires numériques, Thomas Regnier, a reconnu la compétence de chaque État membre pour prendre des « mesures d'urgence » et a revu à la baisse les attentes selon lesquelles la Commission pourrait immédiatement activer des actions équivalentes pour l'ensemble de l'UE.

Ainsi, Regnier a rappelé que la loi européenne sur les services numériques (DSA) prévoit toute une série de procédures pour agir contre les grandes plateformes qui enfreignent les règles et a également précisé que la vente de produits ou de contenus pédophiles n'a « absolument pas sa place » dans l'Union européenne.

Le porte-parole communautaire a également rappelé que la Commission européenne maintient déjà un dossier ouvert dans le cadre du DSA contre Shein pour vente de produits illégaux qui inquiètent Bruxelles, avec des communications en décembre de l'année dernière et en février de cette année.

Même si Régnier n'a pas voulu donner de détails sur les résultats des contacts avec l'entreprise chinoise, il a indiqué que la vente de poupées sexuelles enfantines est un sujet « d'extrême préoccupation » pour l'Exécutif communautaire et, par conséquent, les informations que la France lui transmettra sur cette affaire alimenteront le dossier en cours, en vue d'éventuelles mesures futures.

La vice-présidente de l'Exécutif communautaire pour la souveraineté technologique, la sécurité et la démocratie, Henna Virkkunen, discutera de tout cela ce jeudi avec la ministre française de l'Intelligence artificielle et du Numérique, Anne le Hénanff ; lors d'un appel vidéo qui sera suivi de contacts au niveau technique entre Paris et Bruxelles.

Dans des déclarations au réseau France Info, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a regretté qu'on ait « laissé prospérer » de grandes plateformes dont les règles « sont fixées par des millionnaires chinois et américains » et ensuite « perturbé la vie économique, sociale et démocratique » des Français.