-ALAIN ROLLAND
MADRID, 21 janvier (EUROPA PRESS) –
Le gouvernement de la Communauté de Madrid a défendu à plusieurs reprises sa position en faveur de ce que l'accord économique entre l'Union européenne et le Mercosur soit en tout cas soumis à une réciprocité réglementaire, car il considère qu'il est impératif que les agriculteurs espagnols et madrilènes concurrencent à « conditions égales » les importations.
La session plénière du Parlement européen a désormais accepté de dénoncer l'accord devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) en raison de doutes sur sa compatibilité avec le droit communautaire. Cela suspend effectivement le processus de ratification, mais pas nécessairement son application provisoire, qui dépend de la Commission européenne.
Le ministre de l'Environnement, de l'Agriculture et de l'Intérieur de la Communauté de Madrid, Carlos Novillo, a signé la semaine dernière un accord avec les principaux représentants des organisations agricoles et d'élevage de la région pour défendre les intérêts du secteur primaire face à l'accord UE-Mercosur et a défendu la nécessité d'une politique agricole « orientée vers un modèle productif équitable ».
Novillo a déjà souligné la semaine dernière que le gouvernement d'Isabel Díaz Ayuso ne pourrait pas accepter la signature de l'accord UE-Mercosur si une série de « conditions » n'étaient pas respectées pour protéger les producteurs du secteur primaire de la Communauté de Madrid.
Ces exigences vont des « clauses de sauvegarde » qui sont « automatiques et transparentes » pour protéger le secteur ; la mise en place de contrôles aux frontières garantissant que les produits importés répondent aux mêmes exigences en matière de sécurité alimentaire ; et une réciprocité normative qui garantit l’égalité des conditions.
La Communauté de Madrid considère « l'autosuffisance alimentaire » de l'Union européenne comme un enjeu primordial et une « industrie critique » aussi nécessaire que la Défense. « Sans nourriture, nous n'aurons pas de soldats capables de nous protéger », a souligné le conseiller Novillo dans ses déclarations après la signature de l'entente avec les agriculteurs et les éleveurs de la région.
L'accord entre les Vingt-Sept et le Mercosur a suscité des protestations d'agriculteurs et d'éleveurs dans les principales villes européennes, ainsi qu'à Madrid. Dans la capitale, ils se sont rassemblés à plusieurs reprises, une des dernières en décembre de l'année dernière, devant le ministère de l'Agriculture, de la Pêche et de l'Alimentation, pour dénoncer « le manque de réponses efficaces aux nombreux problèmes ».
L'EUROCAMAMA RAPPORTE L'ACCORD À LA CJUE
Le Parlement européen a accepté jeudi par dix voix seulement de dénoncer l'accord UE-Mercosur devant la CJUE. La proposition de demander un avis juridique promue par la gauche européenne a été adoptée avec 334 voix pour, 324 contre et onze abstentions, tandis qu'une autre proposition similaire soutenue par Patriotes pour l'Europe a été rejetée.
Avec cette décision, la CJUE doit examiner à la fois la base juridique de l'accord d'association (APEM) et de l'accord commercial intérimaire (ACI), dont la compétence incombe exclusivement à l'Union européenne, le Parlement européen attendra donc de connaître la position de la Cour avant de soumettre l'approbation de l'accord au vote de sa séance plénière.
Parmi les questions que le Parlement européen demandera à la CJUE de clarifier figure le mécanisme dit de rééquilibrage, qui permet aux pays du Mercosur de contester la législation européenne qu'ils considèrent comme préjudiciable à leurs exportations. Les députés doutent que cela entre en conflit avec l’autonomie réglementaire de l’UE et de ses traités, et pourrait affaiblir la force réglementaire du bloc.