Bruxelles fixe l'horizon 2035 pour faire de l'UE le leader mondial de l'observation des océans face à l'abandon des États-Unis


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BRUXELLES, le 3 juin (EUROPA PRESS) –

La Commission européenne a adopté ce mercredi l'initiative « OceanEye », dotée de 92 millions d'euros du programme Horizon Europe, dans le but de positionner l'Union européenne comme le premier fournisseur mondial de renseignements sur les océans et de contribuer à hauteur de 35 % au système mondial d'observation des océans d'ici 2035.

Cette dotation budgétaire, qui servira de catalyseur pour atteindre les objectifs 2035, sera décomposée en trois axes clés : 50 millions d'euros pour renforcer le système mondial d'observation « in situ » (capteurs et bouées), 12 millions pour garantir la résilience des flux de données internationaux et 30 millions supplémentaires destinés à stimuler l'innovation technologique à travers le Conseil européen de l'innovation (EIC).

Comme l'a expliqué l'Exécutif communautaire, cet investissement vise à inverser le manque actuel de connaissances sur le milieu marin, dont seulement 5 % ont été explorés et cartographiés, faisant de l'observation des océans une « infrastructure essentielle » pour la sécurité et l'autonomie stratégique de l'Union.

« Bien que l'océan couvre 70 % de la surface de la Terre, à ce jour seulement 5 % de celle-ci a été cartographiée et explorée. Nous en savons plus sur la surface de la Lune que sur notre océan. C'est pourquoi l'observation des océans nous est nécessaire pour de multiples raisons », a déclaré le commissaire européen chargé de la pêche et des océans, Costa Kadis, lors d'une conférence de presse depuis Bruxelles.

Le commissaire a énuméré parmi ces raisons la protection et la restauration des écosystèmes marins, le renforcement de la compétitivité de l'économie bleue, le renforcement de la résilience des communautés côtières face aux événements météorologiques extrêmes, ou encore la contribution à la sécurité et à la défense maritimes, entre autres raisons.

C'est pourquoi, « maintenant qu'il y a des signaux extrêmement inquiétants de l'autre côté de l'Atlantique » – en provenance des États-Unis – « sur le démantèlement du système de surveillance des océans », il a défendu que l'UE doit assumer ce leadership pour éviter qu'il ne s'effondre par manque de financement et de coordination.

UNE OPPORTUNITÉ DE DIRIGER L'OBSERVATION MARINE

Selon Kadis, « OceanEye » « ne pouvait pas être annoncé à un meilleur moment », maintenant que les États-Unis « ne prêtent plus attention à ces activités » et qu'il y a donc « un vide » que l'Union tentera de combler en partie avec cette initiative.

« A partir de demain, nous commencerons nos efforts pour attirer le soutien de pays tiers partageant les mêmes idées, d'institutions et d'organisations internationales et de fondations philanthropiques (…) pour combler au moins une partie du fossé que la position des États-Unis va générer », a-t-il détaillé à propos d'un autre volet du plan, la création d'une alliance internationale pour soutenir le Système mondial d'observation de l'océan.

La commissaire chargée de l'innovation et de la recherche, Ekaterina Zaharieva, en a également parlé lors de la conférence de presse, affirmant qu'il ne s'agissait pas d'un vide, mais plutôt d'une « grande opportunité pour l'Union européenne ».

« L'Europe peut être leader en matière de technologie, créer un marché et des entreprises qui peuvent valoir des milliards. Et cette dimension de recherche et d'innovation établit une gouvernance claire pour ne pas dupliquer les efforts, mais plutôt unir et mieux aligner nos investissements. C'est, je crois, l'objectif de cette initiative », a-t-il indiqué.

Zaharieva a donné comme exemple que l'investissement dans l'observation marine représente une opportunité économique de premier ordre, puisque chaque euro investi dans les systèmes d'observation génère un retour entre 5 et 6 euros en bénéfices économiques et sociaux pour l'économie bleue, la sécurité et la résilience côtière.

UTILISATION DE SATELLITES ET DE CAPTEURS POUR LA PRISE DE DÉCISION

Au niveau opérationnel, l'initiative prévoit de consolider un Digital Twin of the Ocean (DTO), une représentation virtuelle qui intégrera des données de satellites et de capteurs sous-marins qui permettront de réaliser des simulations prédictives avant de prendre des décisions sur des activités économiques, comme l'installation de parcs éoliens ou des plans de conservation, avec l'idée qu'elle sera opérationnelle en 2030.

Cette infrastructure technologique sera complétée par un nouveau cadre juridique, l'Ocean Act, que la Commission présentera fin 2026 pour coordonner la collecte de données et réduire la fragmentation actuelle entre les États membres.

Au-delà de la science, l’initiative comporte un volet de sécurité stratégique, visant à améliorer la surveillance et la protection des infrastructures sous-marines critiques, telles que les câbles de données et les réseaux énergétiques, contre les menaces hybrides.

Il prévoit également de rapprocher l'importance de l'océan des citoyens en créant un laboratoire du « Nouveau Bauhaus européen » pour les communautés côtières et les îles, qui utilisera l'art et l'éducation pour favoriser le lien émotionnel des Européens avec la mer, comme l'a détaillé Bruxelles dans son communiqué.