– Europa Press/Contact/Bianca Otero
BRUXELLES, 19 juin (EUROPA PRESS) –
Le président français Emmanuel Macron a catégoriquement rejeté vendredi depuis Bruxelles que des fonds communautaires soient alloués à des centres d'expulsion dans des pays tiers pour transférer les migrants en attente d'expulsion, comme le demandaient 19 de ses partenaires, et a prévenu qu'il avait des réserves à la fois sur « l'efficacité » du modèle et sur le fait qu'il s'inscrit dans les valeurs et droits fondamentaux sur lesquels l'Union a été construite.
« Je suis un grand défenseur de l'innovation, mais je suis également très prudent lorsqu'il s'agit d'innover sur les valeurs et les droits de l'homme. Permettez-moi d'avoir cette réserve », a-t-il conclu lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet des dirigeants de l'UE, faisant allusion à l'utilisation de l'expression « solutions innovantes » comme euphémisme utilisé par l'exécutif d'Ursula von der Leyen pour proposer la création de centres d'expulsion sur le territoire tiers.
Le président français a tenu à préciser qu'il défend une politique commune qui permette « moins de migration clandestine en Europe » et des procédures plus souples et efficaces pour accélérer les retours de ceux qui n'obtiennent pas d'autorisation d'asile. « C'est du bon sens, c'est conforme à notre droit et c'est ce que les sociétés attendent de nous », a-t-il souligné.
Dans ce contexte, et après s'être félicité de l'engagement des dirigeants lors du sommet d'octobre à mener un débat approfondi sur la migration, Macron a voulu préciser que son gouvernement « ne soutient pas » la défense des « politiques innovantes » réclamées par d'autres partenaires. Quoi qu'il en soit, a-t-il souligné, ce sont des mesures qui font partie de la politique nationale et ne s'inscrivent en aucun cas dans la politique européenne, c'est pourquoi il rejette catégoriquement la possibilité de recevoir des fonds communautaires.
Cette semaine précisément, au cours des vingt-sept négociations sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP), les États membres ont convenu – avec le refus de l'Espagne et une réserve de la France – que des ressources du prochain budget puissent être allouées à ce type de centres, dans le cadre du fonds de politique étrangère « Europe globale ».
« Je n'ai jamais vu un centre fonctionner dans un pays tiers », a-t-il prévenu, tout en attirant l'attention sur le fait que le modèle proposé implique le transfert de personnes qui ne souhaitent pas retourner dans leur pays d'origine vers un pays tiers, « peut-être en échange d'argent, et vers quel pays ? Avec quels droits de l'homme ? » il a demandé.
« Je ne suis pas sûr que ce soit l'Europe et qu'elle ne corresponde pas aux droits fondamentaux sur lesquels l'Europe a été construite », a-t-il souligné lors de la conférence de presse à l'issue du Conseil européen. Il a ainsi conclu qu'il respectait les politiques nationales que chaque gouvernement décide, mais que « ce ne seront pas celles que nous mettrons en pratique (en France) ni celles que le budget que nous adopterons (à 27) mettra en place ».