L’Eurogroupe compte sur le dialogue avec Trump, mais garde toutes les représailles commerciales sur la table


Dossier – Le président américain Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen se serrent la main après avoir conclu un accord pour résoudre un différend commercial concernant l'augmentation des droits de douane. Photo : Fred Guerdin.

– Fred Guerdin/Commission européenne/dpa – Archive

BRUXELLES, 19 janvier (EUROPA PRESS) –

Les ministres de l'Économie et des Finances de la zone euro (Eurogroupe) ont misé ce lundi sur le dialogue avec les États-Unis au cours des prochains jours pour éviter une escalade commerciale après la menace du président américain Donald Trump d'imposer de nouveaux droits de douane à certains pays européens, tout en prévenant que l'Union européenne gardait toutes les options de réponse commerciale sur la table si les mesures se concrétisaient.

« Le message pour moi est clair : nous ne nous laisserons pas intimider et nous resterons unis et solidaires. Il doit y avoir une réponse européenne unie, coordonnée et également claire », a déclaré le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, dans des déclarations précédant la réunion de l'Eurogroupe qui se tient ce lundi à Bruxelles.

Klingbeil a souligné que la situation actuelle nécessite de renforcer la coopération entre les États membres et d'évoluer vers une Union européenne « forte, capable d'agir, souveraine et sûre d'elle », dans un contexte qu'il a qualifié de « moment très européen » et qui, selon lui, nécessite une coordination étroite entre les partenaires communautaires.

Concernant les menaces tarifaires de Washington, le ministre allemand a souligné que l'UE dispose d'un « large éventail d'options » pour répondre au cas où les États-Unis imposeraient les tarifs annoncés, tout en insistant sur le fait que, pour le moment, la priorité reste « d'éviter une escalade » et de maintenir le dialogue avec l'administration américaine.

Une position également partagée par son homologue français, Roland Lescure, qui a souligné que les deux pays s'accordent sur la « volonté et la nécessité absolue » de réagir « fermement et rapidement » à l'éventuelle entrée en vigueur des avertissements commerciaux annoncés par Trump.

« Nous n'aimons pas les droits de douane, et encore moins le fait qu'ils soient utilisés comme une arme géopolitique », a déclaré le ministre, qui a souligné que les menaces proférées par Washington constituent des « actes de coercition » et a estimé que l'Europe devait veiller à ce qu' »elles ne deviennent pas réalité ».

« Nous devons être plus forts. Nous devons être capables de démontrer que nous sommes prêts à utiliser tous les instruments dont nous disposons, qu'il s'agisse de droits de douane, d'accords commerciaux ou de mesures anti-coercition », a souligné Lescure.

Pour sa part, le ministre des Finances des Pays-Bas, Eelco Heinen, a qualifié les menaces proférées par la Maison Blanche contre les huit pays qui ont participé aux manœuvres militaires au Groenland – le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande – d' »inutiles » et d' »irresponsables ».

BRUXELLES N’EXCLU AUCUNE OPTION

Le commissaire économique, Valdis Dombrovskis, s'est également exprimé, réaffirmant qu'aucune des options possibles de représailles commerciales n'est exclue, mais il a évité de donner des détails sur la réponse préférée de Bruxelles car, comme il l'a souligné, les dirigeants de l'Union sont ces jours-ci plongés dans des « consultations intenses » pour se mettre d'accord sur ce que devrait être la réaction du bloc.

« Actuellement, rien n'est sur la table », a souligné Dombrovskis lorsqu'on lui a demandé si, compte tenu de l'aggravation des tensions avec les États-Unis, les Européens seraient prêts à combiner la batterie de droits de douane ayant un impact sur 93 milliards d'importations américaines et d'autres mesures plus robustes, comme le mécanisme anti-coercition qui prévoit des sanctions commerciales contre les pays tiers qui exercent des pressions économiques pour forcer les décisions internes du bloc.

Dimanche, les Vingt-Sept ont eu une première discussion au niveau des ambassadeurs sur les mesures dont dispose l'Union pour répondre aux menaces de Trump, même si, selon plusieurs sources européennes consultées par Europa Press, la réunion s'est terminée sans conclusions décisives sur les mesures à prendre, au-delà d'un large consensus sur la nécessité de prioriser le dialogue dans les prochains jours avec Washington pour tenter de réduire les tensions et éviter l'application de tarifs douaniers.

L'Union européenne maintient gelés jusqu'au 6 février les tarifs douaniers conçus l'année dernière en réponse à la première impulsion tarifaire de l'administration Trump et qui avaient été suspendus après la trêve conclue en Écosse au mois de juillet entre Washington et Bruxelles.

Ces tarifs, avec un impact sur 93 milliards d'euros, entreront à nouveau en vigueur le lendemain, 7 janvier, si l'Union ne prend pas une nouvelle décision de prolongation de la suspension, comme l'a confirmé ce lundi un porte-parole communautaire.