L'Espagne souligne « l'urgence » d'adopter un accord « vital » comme celui du Mercosur malgré les réserves de la France


Dossier – Le secrétaire d'État à l'Union européenne, Fernando Sampedro.

– David Zorrakino – Europa Press – Archives

BRUXELLES, 16 décembre (EUROPA PRESS) –

Le secrétaire d'État à l'Union européenne, Fernando Sampedro, a souligné mardi depuis Bruxelles « l'urgence » pour l'Union européenne d'achever le processus d'adoption de l'accord de libre-échange négocié avec les pays du Mercosur ; un pacte « vital » qu'il espère pouvoir signer avant la fin de l'année malgré le report demandé par la France.

« Il n'y a jamais eu de circonstances aussi favorables qui expliquent aussi clairement l'urgence et la nécessité de signer cet accord avec le Mercosur », a déclaré Sampedro à la presse à son arrivée à la réunion des Affaires générales de l'Union européenne.

Même s'il n'a pas répondu à la question de savoir s'il estime qu'un report de la signature pourrait mettre fin à l'accord lui-même, comme le suggère le Cône Sud, le secrétaire d'État a insisté sur le fait que son adoption doit en tout cas être une « priorité » pour le bloc européen.

« Dans ce contexte international, la priorité de l'Union européenne dans son ensemble de conclure cet accord est vitale. Nous espérons donc que ce sera le cas », a-t-il souligné.

La Commission européenne a elle-même prévenu lundi par la voix d'un porte-parole que la signature de l'accord avec le Mercosur était « vitale » et espérait qu'il pourrait être signé avant la fin de l'année. Le Brésil, qui accueillera samedi un sommet du Mercosur, part de l'hypothèse que les parties pourraient signer le texte le samedi même lors d'une cérémonie en marge du sommet.

Mais ce calendrier est soumis aux étapes en cours pour son adoption au sein du Conseil (gouvernements), qui comprend un vote qui nécessite une majorité qualifiée des 27 pour avancer.

Avec l’approbation des gouvernements, l’accord pourrait entrer en vigueur provisoirement dès le début de 2026, sans attendre l’avis nécessaire du Parlement européen pour sa ratification finale, ce qui prendra plus de temps.

L'actuelle présidence de l'UE, que le Danemark occupe ce semestre, maintient l'objectif de présenter ce vote aux ambassadeurs de l'UE cette semaine, mais cela dépend d'abord de la question de savoir si les garanties proposées par la Commission européenne pour indemniser les agriculteurs potentiellement les plus vulnérables passeront un autre vote, ce mardi en séance plénière du Parlement européen, afin que l'approbation formelle de ce soutien soit également possible par les Vingt-Sept.

Si cette première étape est franchie, les États membres et le Parlement européen pourraient s'accorder un jour plus tard sur le feu vert définitif à ces garanties et cela ouvrirait la voie aux ambassadeurs des 27 pour adopter la décision qui permet à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, accompagnée du président du Conseil européen, António Costa, de se rendre au Brésil et de signer l'accord lors d'une cérémonie samedi, en marge du sommet du Mercosur.

REJET DE LA FRANCE

La France, qui s'est traditionnellement fortement opposée à l'accord commercial par crainte de son impact sur son secteur agricole et a également exigé ces dernières années des exigences plus élevées envers le Mercosur en matière de lutte contre la déforestation et le changement climatique, a réitéré ce week-end qu'elle estimait que « les conditions ne sont toujours pas réunies » pour que l'UE donne son feu vert et a exigé un nouveau report.

L'opposition française se heurte directement à d'autres pays comme l'Allemagne et l'Espagne, qui insistent sur l'opportunité d'un accord « critique » pour l'économie européenne et essentiel dans les nouveaux équilibres multilatéraux ; tandis que du Cône Sud, ils préviennent que si cette opportunité est manquée, ils n'attendront plus et chercheront des accords équivalents avec d'autres grandes économies du monde.

« La France demande que les délais soient décalés afin que nous puissions continuer à travailler à l'obtention de mesures légitimes de protection de notre agriculture européenne », a prévenu le Premier ministre français Sébastien Lecornu dans un communiqué officiel publié dimanche.

Cependant, le gouvernement d'Emmanuel Macron ne peut à lui seul empêcher l'adoption de l'accord, qui dépend uniquement d'une majorité qualifiée de partenaires (au moins 15 pays représentant 65% de la population de l'UE) et n'a pas réussi jusqu'à présent à ajouter suffisamment de réserves pour créer une minorité de blocage, malgré les réserves de la Pologne et de l'Italie et les doutes d'autres comme l'Autriche ou l'obligation de la Belgique de s'abstenir faute d'accord interne sur la position du pays.

Dans ce cas, le gouvernement de Giorgia Meloni pourrait être décisif en faisant pencher la balance de la majorité qualifiée à la minorité de blocage, et vice versa, mais bien que Rome ait donné il y a quelques mois des signes d'acceptation des garanties proposées, des doutes émergent à nouveau face aux protestations rurales et à Bruxelles, la question reste de savoir quelle sera sa position si le vote a finalement lieu cette semaine, même si des sources diplomatiques signalent des négociations constantes à tous les niveaux pour résoudre les dernières demandes transalpines.

Tout cela, dans une semaine complexe pour l'Union européenne, avec une manifestation massive du secteur agricole de tous les pays du bloc convoqué jeudi prochain à Bruxelles pour protester contre les coupes annoncées dans la Politique Agricole Commune (PAC) dans le prochain budget post-2027. Ce même jeudi, en outre, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE se réunissent pour leur traditionnel sommet de décembre dans la même capitale européenne, avec l'Ukraine et le budget européen comme point central de leur ordre du jour.