Les sauvegardes agricoles conçues par Bruxelles pour sauver l'accord avec le Mercosur surmontent le dernier obstacle


Dossier – Vote en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg (France).

– Alain Rolland/Parlement européen / DPA – Archive

BRUXELLES, 17 décembre (EUROPA PRESS) –

Les négociateurs du Parlement européen et du Conseil sont parvenus ce mercredi à un accord politique pour l'adoption des garde-fous proposés par la Commission européenne pour renforcer la protection des agriculteurs européens au cas où l'accord de libre-échange de l'UE avec le Mercosur aurait un impact sérieux sur leur activité.

« Excellent pour les agriculteurs », s'est félicité le commissaire au Commerce Maros Sefcovic dans une déclaration sur les réseaux sociaux, soulignant que la négociation entre colégislateurs s'est terminée « en un temps record » (quelques heures seulement) et garantit « une protection plus forte » aux agriculteurs européens.

Ce cadre de protection, qui comprend un mécanisme permettant de suspendre les avantages tarifaires accordés à la production du Mercosur en cas de distorsions graves dans des secteurs sensibles pour les Européens – comme la volaille, la viande bovine, les œufs, les agrumes et le sucre – est indépendant de l'accord commercial lui-même, mais plusieurs partenaires ont conditionné leur soutien à l'accord à la poursuite de ces mesures.

En fait, Bruxelles a conçu ce réseau de sécurité pour tenter de convaincre les pays les plus réticents à adhérer à l’accord commercial, parmi lesquels l’Italie et la Pologne, mais surtout la France, qui reste ferme dans son rejet, même si elle ne constitue pas à elle seule une minorité de blocage suffisante pour faire échouer l’accord.

Les députés ont réussi à renforcer les seuils qui déclencheront l'enquête de la Commission européenne pour décider des mesures de protection, puisqu'elle agira lorsque les importations de produits sensibles augmenteront en moyenne de 8% et les prix baisseront du même pourcentage sur une période de trois ans (par rapport aux 10% proposés par la Commission, même s'ils n'atteignent pas les 5% défendus par les députés).

L'accord entre les négociateurs a encore besoin de l'approbation formelle des Vingt-Sept et de la session plénière du Parlement européen, mais grâce à l'entente entre les négociateurs, il surmonte le dernier obstacle de cette procédure.

L'adoption des garanties est une étape préliminaire que la présidence danoise de l'UE attendait pour proposer aux 27 d'approuver la signature de l'accord de libre-échange, dans le but que la présidente de l'Exécutif communautaire, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil, António Costa, se rendent au Brésil pour signer l'accord ce samedi.

Cependant, l'insistance de la France et de l'Italie à demander le report de la signature complique le soutien à l'accord, qui nécessite une majorité qualifiée de soutien des États membres pour avancer, de sorte que la réunion au Brésil reste en suspens.

Les ambassadeurs de l'Union européenne examineront la situation lors d'une réunion ce soir, même si, comme le précisent diverses sources européennes à Europa Press, la possibilité d'un vote lors de cette réunion n'est pas envisagée.

La présidence tournante n'envisage pas de donner cette herbe tant que l'arithmétique n'aura pas obtenu l'approbation de la signature et, de toute façon, elle sera votée lors d'une autre réunion des ambassadeurs vendredi, après le sommet européen, dont l'ordre du jour ne comprend pas ce point et se concentre sur la situation en Ukraine.

CONTRÔLE RENFORCÉ ET SUSPENSION DES PRÉFÉRENCES

Avec cette proposition, Bruxelles prévoit des procédures claires pour l'application « rapide et efficace » des mesures pour les produits agricoles, avec des dispositions spécifiques pour les produits sensibles comme le sucre, l'éthanol, les œufs, le riz ou encore la viande bovine et la volaille.

Lorsqu'elle entrera en vigueur, Bruxelles surveillera systématiquement les tendances du marché en ce qui concerne les importations de certains produits agricoles sensibles et fera rapport semestriellement au Conseil et au Parlement européen sur l'impact des importations sur les marchés de l'UE.

Ce suivi régulier et détaillé permettra d'identifier les risques à un stade précoce et d'agir rapidement pour remédier à d'éventuels effets négatifs. La Commission étudiera le marché communautaire et, si nécessaire, analysera les situations spécifiques dans un ou plusieurs États membres.

Si l'enquête conclut à l'existence d'un préjudice grave ou d'un risque de préjudice, l'UE pourrait décider de retirer temporairement les préférences tarifaires sur les produits causant un préjudice.