Les auditeurs de l’UE préviennent que la diversification des matières premières critiques reste insuffisante


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BRUXELLES, 2 février (EUROPA PRESS) –

La Cour des comptes européenne a averti lundi que l'Union européenne court le risque de ne pas disposer de suffisamment de matières premières critiques pour promouvoir la transition énergétique et soutenir son industrie, en raison d'une forte dépendance extérieure et des progrès encore limités en matière de diversification des fournisseurs, de production interne et de recyclage.

Cela a été confirmé par les auditeurs européens lors de la présentation de leur dernier rapport, dans lequel ils soulignent que « sans matières premières stratégiques, il n'y aura pas d'autonomie stratégique » et avertissent que « tout discours sur la transition énergétique et la compétitivité reste vide » si l'UE ne parvient pas à garantir ces ressources essentielles.

« L'UE dépend d'autres pays pour les matières premières les plus critiques. Cela nous rend vulnérables et discrédite notre objectif d'être une puissance géopolitique forte et indépendante, surtout si l'un de nos partenaires commerciaux décide d'utiliser cette dépendance comme une arme », a ajouté l'un des porte-parole de la Cour lors d'une conférence de presse.

En ce sens, ils rappellent que des technologies telles que les batteries, les éoliennes ou les panneaux solaires nécessitent des minéraux clés comme le lithium, le nickel, le cobalt, le cuivre ou les terres rares, dont la production et la transformation sont actuellement concentrées dans quelques pays tiers comme la Chine, la Turquie ou le Chili, ce qui laisse l'Europe exposée à des interruptions d'approvisionnement.

La Cour reconnaît que l'UE a adopté des mesures importantes ces dernières années, comme le règlement sur les matières premières clés de 2024, mais conclut que les résultats restent insuffisants et que garantir l'approvisionnement par des importations diversifiées, une production nationale accrue et le recyclage « reste difficile ».

IMPACT PEU CLAIR DES ACCORDS COMMERCIAUX

Concernant la diversification des fournisseurs, les auditeurs soulignent que, bien que l'UE ait intensifié son action extérieure à travers des accords de libre-échange, « il n'est pas clair » dans quelle mesure ces outils ont réellement renforcé l'offre, puisqu'il n'existe pas de données quantifiées sur leur impact ni d'évaluations spécifiques de la part de la Commission.

Le rapport prévient également que l’UE reste trop dépendante d’un petit nombre de pays. Bien que le règlement fixe l'objectif qu'à l'horizon 2030 aucun matériau stratégique ne dépende à plus de 65 % d'un seul fournisseur externe, cette limite est déjà dépassée dans le traitement de minéraux comme le lithium ou le magnésium, selon la Cour.

Concernant la production au sein de l'UE, les auditeurs identifient des « goulots d'étranglement financiers, juridiques et administratifs » qui continuent de ralentir l'exploration, l'extraction et la transformation, et rappellent que même si la Commission s'est engagée en 2021 à intégrer des critères de financement durable pour ces activités dans la taxonomie européenne, « à ce jour, elle n'a présenté aucune proposition ».

Par ailleurs, ils ajoutent que les procédures d'autorisation « longues et complexes » continuent de retarder le développement des projets miniers, et notent qu'en novembre 2025, seuls 16 des 27 États membres avaient créé les « guichets uniques » nationaux prévus pour rationaliser ces procédures.

PROGRÈS INSUFFISANTS EN CIRCULARITÉ ET RECYCLAGE

La Cour se concentre également sur le recyclage et la circularité, concluant que « le potentiel de la gestion durable des ressources n'est pas pleinement exploité » et que la substitution des matériaux critiques n'est pas suffisamment intégrée dans la législation communautaire.

Dans ce contexte, le rapport souligne que dix des 26 matières premières nécessaires à la transition énergétique « ne sont pas du tout recyclées » dans l'UE, tandis que sept autres ont des taux de recyclage compris entre 1% et 5%, une situation qu'il attribue aux coûts élevés, à une disponibilité limitée et à des barrières technologiques et réglementaires.

Concernant les soi-disant « projets stratégiques » prévus dans le règlement sur les matières premières fondamentales, elle prévient que des obstacles persistent : il y a un manque de ressources administratives, il n'y a pas de financement spécifique de l'UE et, bien qu'au moins quatre cycles annuels auraient dû être convoqués depuis 2025, la Commission n'en a lancé que deux jusqu'en novembre de la même année.

En réponse, la Cour recommande d'améliorer le suivi de l'impact réel des accords commerciaux et des partenariats stratégiques sur l'approvisionnement, de faciliter les investissements dans l'exploration, l'extraction et la transformation au sein de l'UE, ainsi que de promouvoir des objectifs de recyclage plus spécifiques et, lorsque cela est possible, contraignants par matière première.

Les auditeurs appellent également à intégrer la substitution des matériaux critiques dans la législation industrielle européenne et soulignent la nécessité de projets stratégiques visant à assurer un approvisionnement efficace, notamment par le biais d'accords d'achat avec des entreprises européennes.