-Alex Zea – Europa Press
MADRID, 27 février (EUROPA PRESS) –
Le Coordonnateur des organisations d'agriculteurs et d'éleveurs (COAG) a considéré la décision annoncée ce vendredi par la Commission européenne (CE) d'appliquer provisoirement l'accord commercial UE-Mercosur, après sa ratification en Argentine et en Uruguay, comme une « grave irresponsabilité ».
Concrètement, l'organisation agricole a montré dans un communiqué son « rejet absolu et inaliénable » de l'application provisoire de l'accord, tout en exigeant que le Parlement européen et le Conseil de l'UE « s'y opposent frontalement » et ne le ratifient pas étant donné la menace évidente qu'il représente pour la sécurité alimentaire des 500 millions de citoyens européens.
Dans ce contexte, le COAG a critiqué le fait que l'UE ait adopté cette décision après que les propres auditeurs de la Commission européenne ont reconnu que « le système brésilien ne peut pas garantir que la viande contenant des hormones arrive sur les tables européennes ».
L'organisation fonde cette position sur le contenu du dernier rapport d'audit DG(SANTE) 2025-0241, préparé par les propres auditeurs de la CE après une inspection réalisée entre le 14 et le 31 octobre 2025 sur le système brésilien de contrôle des résidus hormonaux dans les animaux et produits d'origine animale destinés à l'exportation vers l'UE et qui révèle que le système brésilien de contrôle des résidus d'estradiol, une hormone interdite comme stimulateur de croissance dans l'UE depuis 2003, présentait des lacunes à pratiquement tous les niveaux.
« Ce qui différencie cette plainte de toutes les précédentes, c'est qu'elle n'a pas été formulée par les représentants des agriculteurs et des éleveurs, mais plutôt par la Commission européenne elle-même à travers ses auditeurs. La même institution qui a négocié et fait pression pour appliquer cet accord est celle qui a écrit que le système brésilien de contrôle de la viande présentait de graves défauts structurels. C'est sans précédent », a critiqué le secrétaire général du COAG, Miguel Padilla.
L'organisation agricole considère que cette décision représente un « mépris » pour les voies démocratiques des institutions communautaires, dans le cas du Parlement européen, en n'attendant pas l'avis de la Cour de justice de l'UE sur ledit accord, tout en tournant le dos au rejet majoritaire du secteur agricole européen, qui s'est mobilisé ces derniers mois contre cet accord commercial.
VON DER LEYEN CONFIRME L'APPLICATION PROVISOIRE DE L'ACCORD
Ainsi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé ce vendredi qu'elle entamait le processus d'application provisoire de l'accord de libre-échange négocié par Bruxelles avec les pays du Mercosur, après que l'Argentine et l'Uruguay ont achevé leurs processus de ratification respectifs au cours des dernières heures.
« Il s'agit de résilience, de croissance et d'Europe qui forge son propre avenir », a déclaré le chef de l'Exécutif communautaire dans une brève déclaration sans poser de questions au siège de l'institution à Bruxelles, après avoir souligné que le Conseil (les gouvernements) avait déjà donné son feu vert en janvier à Bruxelles pour procéder à l'application temporaire lorsque cela serait possible.
De cette manière, le chef de l'Exécutif communautaire décide de poursuivre l'application du pacte malgré le fait que le Parlement européen a fait appel à la Cour de Justice de l'Union européenne (CJUE) pour clarifier si ce qui a été négocié est compatible avec le droit communautaire, ce qui paralyse de facto son propre processus de ratification pour une application définitive.
Dans ce contexte, Von der Leyen a admis avoir « débattu intensément » avec les capitales et les députés européens ces dernières semaines avant d'annoncer sa décision et a souligné que l'entrée en vigueur « provisoire » est, par définition, temporaire et non définitive.
Bien que Von der Leyen n'ait pas donné de calendrier clair pour le processus, un porte-parole de la communauté a ensuite précisé lors d'une conférence de presse que le traitement prendrait « environ deux mois », bien qu'il n'ait pas de date précise à proposer pour le moment. Dès les ratifications de l'autre côté de l'Atlantique, la Commission échangera avec eux des « notes verbales » pour leur notifier la volonté que l'accord commercial entre en vigueur temporairement et à partir de cet échange commence le compte à rebours de deux mois.
En janvier dernier, l'Union européenne et les pays du Mercosur ont signé les accords politiques et de libre-échange avec lesquels les deux régions ont culminé près de 26 ans de négociation et établi un nouveau cadre de relations, qui se poursuit malgré le rejet du camp européen et d'une demi-douzaine de pays européens, dont la France et la Pologne.
Le volet commercial, qui relève de la compétence exclusive de l'UE, pourra entrer en vigueur à titre provisoire à partir du moment où au moins un pays du bloc du Cône Sud achèvera son propre processus de ratification, ce qui a eu lieu jeudi en Uruguay et en Argentine.
L'entrée en vigueur définitive de tous les accords nécessite cependant un processus de ratification plus complexe qui implique l'adoption par les Vingt-Sept et l'approbation du Parlement européen, qui peut l'approuver ou l'annuler, mais pas le modifier.
Dans le cas du Parlement européen, ce vote est en suspens jusqu'à ce que la Cour de justice de l'Union européenne tranche le recours lancé par les députés européens concernant la compatibilité de l'accord commercial avec le droit communautaire, ce qui a paralysé de facto sa ratification.