– LE CLUB DES EXPORTATEURS
MADRID, 2 septembre (EUROPA PRESS) –
Le Club des exportateurs et investisseurs espagnols a proposé de suspendre le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACB), estimant que ces deux instruments augmentent les coûts de l’industrie européenne, stimulent l’inflation et mettent en danger l’emploi et la compétitivité étrangère.
C'est ce qu'indique une note technique préparée pour l'organisation par Antonio Merino, technicien commercial et économiste d'État, qui analyse l'impact des deux mécanismes sur l'activité industrielle de l'Union européenne.
Selon l'étude, la combinaison de l'ETS et du CBAM produit un effet équivalent à l'introduction d'un « tarif intérieur », en obligeant les producteurs européens à assumer le coût du carbone intégré dans l'énergie et les matériaux utilisés, tandis que leurs concurrents des pays tiers peuvent fonctionner avec des coûts énergétiques et réglementaires inférieurs.
Merino reconnaît que le CBAM atténue partiellement l'effet de l'ETS sur certains produits de base, comme l'acier, l'aluminium, les engrais ou le ciment. Cependant, il affirme qu'il ne résout pas la situation des secteurs industriels de transformation, dont les produits importés ne sont pas soumis au mécanisme bien qu'ils concentrent une partie importante de la valeur ajoutée industrielle européenne.
En outre, il prévient que le mécanisme d'ajustement aux frontières peut introduire de nouveaux coûts tout au long des chaînes de production, ce qui aggraverait la perte de compétitivité des entreprises européennes par rapport à leurs rivales internationales.
PLUS DE COÛT DU CARBONE
La note technique souligne que la pression sur l'industrie s'est intensifiée ces dernières années en raison de l'augmentation du coût des droits d'émission. Après la suppression en 2013 des allocations gratuites pour la production d'électricité et le durcissement, à partir de 2021, de la trajectoire de réduction du plafond d'émissions, le prix du CO2 a atteint 100 euros la tonne en 2022.
Cette augmentation a un impact particulier sur les activités à forte consommation énergétique. Dans le cas de l'industrie automobile, Merino estime qu'avec un prix de 100 euros la tonne de CO2, le coût des droits d'émission peut se situer entre 600 et 800 euros par véhicule.
Étant donné que les fabricants du secteur opèrent avec des marges comprises entre 3 et 6 %, l'expert estime que ce surcoût pourrait absorber entre 30 et 70 % du profit unitaire.
L’effet serait plus prononcé sur les exportations, dans la mesure où les biens produits en Europe intègrent le coût du carbone supporté tout au long de la chaîne de production, alors que les produits concurrents ne sont pas nécessairement confrontés à une charge équivalente.
RISQUE POUR LES EXPORTATIONS
Merino envisage des scénarios dans lesquels le prix du CO2 atteindrait 250 euros la tonne, ce qui aurait un effet significatif sur l'électricité en raison de l'absence d'allocations gratuites pour le secteur de la production.
Au prix de 100 euros la tonne de CO2, l'étude estime que le coût supplémentaire des émissions s'élève à 30 euros par mégawattheure dans le cas de la production de gaz naturel et à 90 euros par mégawattheure dans le cas du charbon.
L’économiste soutient que depuis 2021, des baisses des exportations de biens à forte intensité de CO2 ont déjà été observées, dans un contexte de perte de compétitivité provoquée par l’augmentation des coûts industriels.
C'est pourquoi il propose de « mettre en 'stand by' le binôme ETS-CBAM », compte tenu notamment du retrait progressif des missions gratuites et de l'augmentation des coûts qui en découle pour les entreprises européennes.
ENGRAIS ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
Parmi les recommandations, Merino propose de modérer considérablement le prix du carbone et de le rapprocher des niveaux existants dans les pays concurrents. Il appelle également à exclure du système d'échange de quotas d'émission des secteurs stratégiques tels que les engrais.
Selon lui, la hausse des prix de ces produits peut avoir des conséquences directes sur la sécurité alimentaire et les prix agricoles, avec des effets inflationnistes « très nets ».
La note conclut que la décarbonation ne réduit pas en soi la demande mondiale de biens à forte intensité énergétique, mais peut déplacer leur production vers des pays où les coûts énergétiques et réglementaires sont plus faibles.
C'est pourquoi le Club des Exportateurs préconise de compléter les instruments climatiques actuels par une stratégie combinant décarbonation, compétitivité et « réalisme géopolitique », afin de préserver la capacité industrielle européenne et sa position sur les marchés internationaux.