La Pologne reçoit le premier versement du prêt SAFE pour son réarmement, après avoir surmonté le veto de son président


Le ministre polonais de la Défense nationale, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, tient l'accord signé sur les prêts de défense dans le cadre de l'Initiative de sécurité pour l'Europe (SAFE) à la Chancellerie du Premier ministre à Varsovie.

-Roman Koziel/ZUMA Press Wire/dpa

BRUXELLES, 29 mai. (EUROPA PRESS) –

Ce vendredi, la Pologne a reçu un premier décaissement de 6,6 milliards d'euros du programme de financement militaire de l'Union européenne SAFE (Security Action for Europe), devenant ainsi le premier État membre à recevoir un paiement au titre de cet instrument.

C'est ce qu'a annoncé lors d'une conférence de presse depuis Bruxelles le porte-parole communautaire pour la Défense et l'Espace, Thomas Regnier, qui a précisé que le montant reçu représente 15 pour cent de l'enveloppe totale de la Pologne, fixée à 43,7 milliards d'euros, la plus importante parmi tous les bénéficiaires du programme.

Ce financement, a souligné Regnier, contribuera à renforcer l'industrie de défense polonaise et européenne dans son ensemble et à moderniser les capacités militaires du pays. La signature du prêt a eu lieu à Varsovie le 8 mai lors d'un événement auquel ont participé le commissaire à la Défense, Andrius Kubilius, et le vice-Premier ministre polonais, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz.

Les prêts, financés par des emprunts de l'UE devant être remboursés à long terme et à faible coût, ont été lancés en mai 2025 avec l'idée que les États membres effectuent des achats urgents à grande échelle pour réduire, augmenter « rapidement et substantiellement » les investissements militaires de l'Europe et soutenir la relance de l'industrie de défense de l'UE.

Ce décaissement intervient deux mois après les turbulences institutionnelles qui ont eu lieu en Pologne lorsque son président, Karol Nawrocki – soutenu par le parti d'extrême droite PiS – a opposé son veto à la loi approuvée par le Parlement qui permettait au pays d'accéder aux fonds SAFE.

Le chef de l'Etat polonais avait alors affirmé que son pays ne devrait jamais signer un règlement qui, selon lui, « porte atteinte à la souveraineté, à l'indépendance, à la sécurité économique et militaire » du pays. Nawrocki est allé jusqu'à qualifier le programme de « bouée de sauvetage pour l'Allemagne ».

Le veto a déclenché une lutte institutionnelle avec le gouvernement libéral du Premier ministre Donald Tusk, dont l'exécutif a répondu en approuvant lors d'une session extraordinaire du Conseil des ministres une résolution administrative visant à contourner le blocus présidentiel et à acheminer les fonds européens via la Banque économique nationale.

150 MILLIARDS POUR 19 PAYS

Ces derniers mois, l'exécutif communautaire a donné son feu vert à des prêts pour l'acquisition conjointe de matériel de défense de 18 des 19 pays qui ont rejoint le programme SAFE, la Hongrie étant le seul pays dont le plan de financement n'a pas encore été approuvé.

Les niveaux de financement pour chaque pays ont été provisoirement fixés en septembre 2025, sur la base des principes de solidarité et de transparence. Par exemple, l'Espagne s'est vu attribuer le milliard qu'elle avait demandé, se plaçant ainsi au bas de la répartition, étant le troisième pays avec la plus faible allocation de ce fonds, position qu'elle partage avec la Finlande, qui recevra également 1 milliard, et seulement derrière le Danemark (46,7 millions) et la Grèce (787 millions).

En revanche, la Pologne est le pays avec l'allocation la plus élevée (43,7 milliards), suivie par la Roumanie (16,6 milliards), la France (16 200), la Hongrie (16 200), l'Italie (14 900), la Belgique (8 300), la Lituanie (6 300), le Portugal (5 800), la Lettonie (5 600), l'Estonie (2 600), la Slovaquie (2 300), la République tchèque (2 060), la Bulgarie. (3 200), Croatie (1 700) et Chypre (1 200).