– GOUVERNEMENT DES ÎLES CANARIES – Archive
BRUXELLES, 26 janvier (EUROPA PRESS) –
Le secteur de la tomate des îles Canaries a perdu près de 60 % de sa production et de ses exportations ces dernières années malgré le soutien financier de l'Union européenne, selon un rapport de la Cour des comptes européenne, qui remet en question l'efficacité des aides communautaires pour soutenir la compétitivité de certaines cultures traditionnelles.
Dans leur rapport, les auditeurs européens concluent que le soutien de l'UE à l'agriculture dans les régions ultrapériphériques comme les îles Canaries continue d'être essentiel au maintien de l'activité agricole, mais il offre des résultats inégaux et n'a pas réussi à arrêter la détérioration de secteurs emblématiques comme la tomate, particulièrement exposés à la pression des importations, notamment en provenance du Maroc.
Comme ils l'expliquent, l'UE alloue jusqu'à 653 millions d'euros par an à travers le programme POSEI, un système d'aide spécifique pour soutenir l'agriculture dans ses territoires les plus reculés et insulaires et compenser les désavantages tels que l'éloignement ou les coûts de production plus élevés.
Ce soutien économique est concentré dans les régions ultrapériphériques de France, d'Espagne et du Portugal, y compris les îles Canaries, et est complété par d'autres instruments communautaires en dehors de la politique agricole commune (PAC).
Le rapport confirme que l'essentiel des fonds est concentré sur les filières traditionnelles pour préserver leur développement, même si les résultats sont inégaux : si le soutien a contribué au maintien de la production de banane ou de lait aux Açores, il n'a pas empêché la perte de compétitivité de la tomate canarienne ou du sucre dans les régions ultrapériphériques françaises par rapport aux producteurs extérieurs à l'UE.
Dans le cas des îles Canaries, la Cour souligne que la tomate – historiquement l’un des piliers de l’agriculture insulaire – a connu un fort déclin. Les exportations sont passées d'environ 53 000 tonnes en 2017 à environ 21 500 tonnes en 2023, soit une réduction de 59 %, alors que les surfaces cultivées ont continué de diminuer malgré les aides européennes disponibles.
Bien que ces dernières années des mesures aient été introduites pour faciliter la conversion de la culture vers d'autres productions, les auditeurs préviennent que seule une partie limitée des hectares abandonnés a reçu un soutien efficace, ce qui montre que l'objectif de renforcement de la compétitivité du secteur n'a pas été atteint.
DÉFIS CLIMATIQUES ET DURABILITÉ
Au-delà des résultats économiques, le rapport souligne que l'aide n'a pas toujours eu pour objectif de garantir une durabilité à long terme. Les régions ultrapériphériques sont confrontées à des défis croissants tels que la dégradation des sols, l'augmentation des sécheresses et des événements extrêmes ou le vieillissement de la population agricole, facteurs qui mettent en péril l'avenir du secteur dans des territoires comme les îles Canaries.
Face à ce scénario, la Cour des comptes exhorte la Commission européenne à revoir le soutien aux activités agricoles traditionnelles, à promouvoir de manière plus décisive la diversification des cultures et à améliorer l'évaluation de la question de savoir si les aides, notamment celles liées à la fourniture de produits essentiels, profitent réellement aux utilisateurs finaux.
Le rapport analyse la période 2019-2023 et intervient plus de quinze ans après le dernier audit sur ce type de soutien. Son objectif, selon la Cour, est d'aider les fonds européens à générer des résultats tangibles pour renforcer l'agriculture locale et garantir la sécurité alimentaire dans les régions les plus reculées de l'Union européenne.