BRUXELLES, 6 novembre (EUROPA PRESS) –
Le président du gouvernement des îles Canaries, Fernando Clavijo, a prévenu jeudi que le nouveau cadre financier de l'UE entre 2028 et 2034 impliquerait une perte cumulée de plus de 2 milliards d'euros pour l'archipel, à raison d'environ 300 millions par an.
Dans des déclarations aux journalistes avant de prendre la parole lors d'un événement à Bruxelles pour présenter la position des neuf régions ultrapériphériques (RUP), il a exigé un « front commun » de l'Espagne, de la France et du Portugal contre le nouveau budget proposé par la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, qui laisse les RUP « absolument floues ».
Il a insisté sur le fait que les politiques sectorielles de l'UE qui ont permis le développement de secteurs stratégiques, comme l'agriculture, sont « dissipées » au profit d'autres priorités que les RUP ne partagent pas, en raison de l'augmentation des dépenses de défense.
Clavijo n'est pas non plus favorable à l'octroi de « sacs de ressources économiques » aux pays pour ceux qui les distribuent, ni à l'établissement de cofinancements, comme dans Posei, car « il semble de facto anéantir » ces secteurs.
Le président a souligné que les fonds des RUP doivent être « respectés », y compris les « singularités » de chaque territoire car « cela donne l'impression que l'Europe a cessé d'être » une union qui veut établir des critères de développement homogènes « pour être un club de répartition des ressources économiques où chaque pays fait ce qu'il veut ». « Ce n'est pas l'esprit fondateur de l'Union européenne », a-t-il ajouté.
Clavijo, qui a remercié la position du vice-président exécutif de la Cohésion et des Réformes de la Commission européenne, Raffaele Fitto, a souligné qu'outre la diminution des fonds, les « difficultés » qu'ont de nombreux secteurs des RUP à « concourir », notamment le secteur primaire, sont aggravées.
« L'Europe conclut des accords avec le Mercosur pour que les productions puissent arriver d'Amérique du Sud, où par extension, en raison des coûts de personnel, en raison des exigences phytosanitaires que l'Union européenne exige de nos producteurs locaux, nos producteurs ne pourront pas être compétitifs, car évidemment, aux îles Canaries, vous n'aurez pas des centaines d'hectares de cultures où vous pourrez installer des machines », a-t-il déclaré.
RENONCER AUX OBJECTIFS FONDAMENTAUX
C'est pourquoi il a demandé à l'UE de « dire clairement qu'elle a renoncé à son esprit fondateur, de dire clairement que les régions ultrapériphériques ne sont pas pertinentes pour la politique européenne ni pour les régions », afin qu'au moins les décisions nécessaires puissent être prises.
Clavijo espère que le front commun des trois pays permettra de « redresser » le budget communautaire et a apprécié que la France ait déjà envoyé une lettre très « approfondie » à la présidente Von der Leyen.
Dans ce sens, il a montré sa conviction que les positions des trois pays « soient fermes » pour garantir la protection des RUP et que celle-ci soit transférée au Parlement européen.
Concernant les actions du gouvernement espagnol, il a indiqué qu'il a déjà transféré les plaintes des îles Canaries à la fois à la vice-présidente du gouvernement, María Jesús Montero, et au ministre de l'Agriculture, Luis Planas, afin qu'ils agissent dans la même direction que la France.
Le président des Canaries n'a pas ignoré que l'UE « se trouve dans une crise d'identité », compte tenu des « positions » concernant la guerre en Ukraine ou la politique d'immigration, où les Canaries « sont gravement lésées », et comprend que « l'Europe doit savoir ce qu'elle veut pour l'avenir ».
Il a déclaré que le continent « s'estompe » entre les États-Unis et la Chine et que si l'on veut « abandonner les principes fondateurs » de l'UE qui « proviennent de la Seconde Guerre mondiale », il a prédit « très peu de vie » pour le projet européen.