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BRUXELLES, 16 janvier (EUROPA PRESS) –
L'Union européenne et les pays du Mercosur signeront demain samedi l'accord de libre-échange avec lequel les deux régions culminent près de 26 ans de négociation et établissent un nouveau cadre de relations qui, avec le camp européen et une demi-douzaine de pays contre, peut entrer en vigueur à titre intérimaire, mais devra surmonter un processus de ratification tendu pour son application définitive.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, ainsi que le commissaire au Commerce, Maros Sefcovic, représenteront l'Union européenne à la cérémonie qui aura lieu à Asunción, capitale du pays qui assure la présidence tournante du Mercosur ce semestre.
La cérémonie, qui débutera à 13h15. (heure locale, 17h15 CET) au Gran Teatro José Asunción Flores de la Banque centrale du Paraguay, en présence des présidents du Paraguay, Santiago Peña ; de l'Uruguay, Yamandú Orsi ; et d'Argentine, Javier Milei. Le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, ne sera cependant pas présent et a excusé son absence pour des raisons d'ordre du jour, arguant que le programme ne comprenait initialement que les ministres des Affaires étrangères pour la signature et que ce n'est qu'à la dernière minute que l'invitation a été adressée aux dirigeants.
« L'Union européenne et le Mercosur entreront dans l'histoire en créant l'un des plus grands espaces de libre-échange au monde », a célébré Lula da Silva à la veille de la cérémonie, lors d'une conférence de presse à Rio de Janeiro, en compagnie de la chef de l'exécutif communautaire, Ursula von der Leyen.
Après un quart de siècle de « souffrances et de tentatives » pour parvenir à un accord, les deux régions créent une nouvelle association « basée sur le multilatéralisme », a déclaré le président brésilien, qui a également souligné que les signataires réaffirment le « plein respect » de tous les pactes internationaux des Nations Unies et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Dès la signature, le volet commercial de la compétence exclusive de l'UE pourrait entrer en vigueur à titre provisoire lorsque le premier pays du Mercosur le ratifierait, et ce sans attendre l'approbation du Parlement européen, qui n'a toujours pas de date pour le vote et dont les groupes face à l'examen du pacte sont divisés, plus attentifs aux intérêts nationaux qu'aux familles politiques.
Quoi qu’il en soit, les vives critiques que maintient le secteur agroalimentaire européen et la menace des députés européens de porter l’accord devant la Cour de Justice de l’UE (CJUE) si cela se produit, ont incité Bruxelles à se montrer prudent et à ne pas préciser si elle envisage cette entrée en vigueur provisoire ou attendra l’approbation du Parlement européen.
La session plénière du Parlement européen peut approuver ou annuler l'accord dans son intégralité, mais pas le modifier. Entre-temps, la séance plénière de la semaine prochaine inclut à son ordre du jour deux résolutions – une de l'extrême droite et une autre de la gauche radicale – qui demandent de dénoncer la signature devant la CJUE.
L'accord d'association, quant à lui, pourrait alors entrer en vigueur à titre provisoire, mais nécessitera également l'approbation des 27 au niveau national pour son application définitive. Ensuite, les accords entre l'UE et le Mercosur seront confrontés à un autre défi sur le chemin de la ratification définitive, étant donné que le feu vert pour la signature a été obtenu avec le soutien de 21 des 27, puisque cinq pays ont voté contre – la France, la Hongrie, la Pologne, l'Irlande et l'Autriche – et la Belgique s'est abstenue.
DES SAUVEGARDES AGRICOLES POUR CONVAINCRE L'ITALIE ET ATTÉNUER LES CRITIQUES DE LA CAMPAGNE
Pour surmonter l'opposition de plusieurs pays à la signature, la Commission a convenu avec le Conseil et le Parlement européen d'un ensemble de garanties qui renforcent la protection du champ européen contre les potentielles graves distorsions provoquées par l'ouverture au Mercosur dans des secteurs sensibles pour les Européens, tels que la volaille, la viande bovine, les œufs, les agrumes et le sucre.
Ces mesures établissent des seuils spécifiques afin que Bruxelles puisse ouvrir des enquêtes – et activer des mesures spécifiques ultérieurement – en cas d'impact fort sur les produits agricoles européens si les importations de produits sensibles augmentent en moyenne de 5% et les prix baissent du même pourcentage sur une période de trois ans (par rapport aux 10% initialement proposés par la Commission).
UN MARCHÉ DE 700 000 MILLIONS DE PERSONNES
Bruxelles estime que les entreprises européennes pourront économiser environ 4 milliards d'euros de droits de douane chaque année grâce à l'accord et bénéficieront de procédures douanières plus simples, tout en garantissant un accès privilégié aux matières premières essentielles.
L'accord entre l'UE et le Mercosur permettra la création de la plus grande zone de libre-échange au monde, avec 700 millions d'habitants, et pour ce faire, 91% des droits de douane que le Mercosur impose actuellement aux productions européennes et 92% des taxes avec lesquelles le marché unique taxe les achats en provenance des pays du Cône Sud seront progressivement éliminés.
Le nouveau cadre, qui outre le pacte commercial établit un accord d'association politique et de coopération, aspire également à renforcer les liens entre les deux blocs face à des défis tels que le changement climatique et la transition numérique et, surtout, à gagner du poids géopolitique dans un contexte d'instabilité internationale, de tensions commerciales et politiques transatlantiques et de recherche d'alternatives pour briser les dépendances aux ressources stratégiques jusqu'ici obtenues de la Russie et de la Chine.